&C'est là que je la vis. Elle était là, tout près, non loin de moi. Nous n'étions séparées que d'une dizaine de mètres, à peine. C'était elle, oh oui, c'était bien elle. Elle ne m'avait pas encore vu, mais je n'osais pas la nommer. Son prénom équivalait pour moi un coup de cutteur dans le c½ur. À vrai dire, trop, beaucoup trop de choses s'étaient passées durant mon absence. De l'eau avait coulé sous les ponts, une eau beaucoup trop sombre &beaucoup trop profonde à mon goût. Je restais quelques instants à la contempler en silence, jusqu'à ce qu'elle tourne la tête dans ma direction. Alors, quelque chose se cassa en moi. C'était une sensation étrange &plutôt glauque, qui semblait provenir de l'intérieur de mon ventre, comme si mes viscères avaient été de verre &avaient soudainement explosé. Tout devint froid à l'intérieur. Son regard à elle était vide, il n'y avait plus ne serait-ce même la moindre petite trace de l'étincelle infantile que je lui avais autrefois connu. Quelque chose avait aussi dû se briser en elle. Sûrement la chose que j'avais essayer en vain de protéger contre les cassures: son c½ur. Elle sourit tristement en me reconnaissant, &s'avança vers moi. Son pas était hésitant, comme si elle n'osait pas vraiment m'approcher, comme si elle craignait une quelconque réaction violente de ma part. Je m'avança donc plus assurément vers elle, faisant abstraction des craintes qui m'animaient moi aussi. Je m'approchait avec appréhension, mais néanmoins, une fois à ses côtés, malgré l'énorme gêne que je ressentais &malgré la poigne de fer qui serrait mon c½ur, je ne pu m'empêcher de la serrer dans mes bras, de la serrer fort contre moi. Cela faisait trop longtemps, vous comprenez, c'était trop dur de résister. J'essayais déjà de sourire &de ne pas pleurer, alors ne pas l'enlacer, ç'aurait été bien trop compliqué. Ne surtout pas pleurer. Non, non, non. J'avais cette chose dans les bras, cette petite chose jeune &fragile, déjà bien abîmée par la vie. Un petit bout de jeune femme que j'avais protégé, ou que j'aurai dû protéger. 0ui, c'est ça, que j'aurai dû protéger, &que je n'avais pas su protéger. Putain. Y'avait ses yeux noirs complètement vides qui me regardaient dès qu'elle levait la tête, tandis que les miens observaient dans un silence de mort son petit corps amoché. Ses bandages aux poignets. Putain, mais pourquoi? Pourquoi? Pourquoi je n'avais pas su la protéger, pourquoi là aussi j'avais échoué? Elle me ressemblait tellement pourtant, j'aurai dû l'empêcher de devenir comme ça, de devenir comme moi. Non, ça, il ne fallait pas, il ne fallait surtout pas. &Pourtant. J'avais contre moi une jeune fille qui portait son chagrin à bout de bras, le dos courbé sous le poids de la tristesse, tout comme moi autrefois. J'étais sensée l'aider, mas ça n'allait toujours pas. J'étais sensée l'aider, mais elle était devenue comme moi.
elle cherche à s'enfuir, encore &encore...